Sur le quota de 10 mille places attribuées à la Côte d’Ivoire par l’Arabie Saoudite pour le hadj 2026, plus de 90% des pèlerins ont effectués ce 5e pilier de l’Islam grâce à des bienfaiteurs, des parents et des autorités politiques et administratives.
Si accomplir ce pilier de l’Islam est important pour tout musulman, il n’en demeure qu’avant le retour de ce voyage, les parents sont confrontés à plusieurs difficultés.
L’origine de l’accueil
Jadis, les pèlerins ouest-africains ayant voyagé vers La Mecque à pied ou par d’autres moyens traditionnels, étaient accueillis dès leur retour comme des héros vénérés. Ce périple, souvent long et éprouvant, à leur arrivée dans leurs communautés donnait lieu à des célébrations religieuses et coutumières majeures.
La réception de ces pèlerins s’organisait généralement ainsi dans la ferveur et reconnaissance communautaire. Le retour du pèlerin était un événement majeur pour les villages et les quartiers. Des foules se rassemblent parfois dès l’entrée de la localité pour les acclamer et chanter des louanges.
Exigence de certains pèlerins
Pour certains pèlerins, dès leur retour, beaucoup de choses doivent changer ou s’améliorer dans leur quotidien. Ces ‘’ladji’’ et ‘’Hadja’’ pour qui les personnes ont consacré beaucoup de sacrifices, en se privant parfois de leur rêve, pour les envoyer en terre sainte, exigent parfois beaucoup de dépenses supplémentaires notamment la rénovation complète de leurs maisons.
Selon une chronique d’El Hadj Fousseni Diabaté, une dame est partie du foyer parce que son époux n’a pas dégagé les grands moyens pour son accueil du pèlerinage.
‘’L’une des rares fois où j’ai refusé d’intervenir, c’est quand j’ai été contacté pour le cas de cette dame qui est partie de son foyer, frustrée, parce que lorsqu’elle est revenue du Hadj, elle a trouvé que son époux n’avait pas refait toute la peinture de la maison, ni changé les meubles’’, précise-t-il.
La souffrance de la famille
C’est au prix d’énormes sacrifices et de privations que les frères d’Ousmane Kamagaté et lui, ont offert ce voyage à leur mère’
« Cela n’a pas été du tout facile pour faire partir ma mère à la Mecque. Il a fallu qu’on ait cotisé pendant au moins deux ans. Je me suis privé de beaucoup de choses. Pas de sommeil, le travail, travail, travail même les petits contrats j’étais obligé de les prendre. Tout simplement pour faire honneur à ma mère. Voir sa mère partir aussi à la Mecque, c’est vraiment une source d’honneur », raconte Ousmane.
Et ce n’est pas tout. Avant le retour des premiers pèlerins ivoiriens en Côte d’Ivoire, Ousmane etait déjà dans les préparatifs du retour de sa mère.
»Actuellement je suis en train de voir avec mes autres frères, pour essayer de m’aider à préparer l’accueil. Parce que l’accueil aussi compte chez nous en Afrique ici surtout en Côte d’ivoire. Une chose est de la faire partir mais une autre chose est de l’accueillir. Ce sont des festivités, c’est plein de trucs. Après encore, il faut faire des convois pour l’emmener au village et puis aller faire les festivités là-bas. C’est colossal mais bon.. », explique Ousmane.
Un autre coreligionnaire a expliqué que le montant dépensé dans l’accueil de son parent est trois fois plus élevé que ce qu’il a dépensé pour faire partir sa génitrice au hadj.
Le confrère Fousseni Diabaté a partagé ce témoignage vrai pour sensibiliser une fois de plus contre certains excès liés à l’accueil de nos pèlerins. Il soutient qu’il y a des familles où vous avez de jeunes cadres qui peuvent aller au Hadj ou faire partir leurs parents, mais le poids culturel est tel que ce qu’ils vont dépenser dans les accueils pompeux est plus que l’argent du Hadj.
Le retour du Hadj n’est pas une occasion de faire le show, ni un défilé de tenues assorties, ni un festival de dépenses inutiles, ni un concours de griots au micro.
Ce n’est pas ça, l’esprit du pèlerinage
Il est temps de changer les mentalités
Selon Imam Cissé, le Hédji Lado est une coutume, et non une obligation religieuse. Aucune preuve dans le Coran ou la Sunna n’exige une cérémonie de retour.
Le pèlerin revient du Hadj pour se rapprocher de Dieu, pas pour impressionner les hommes. Et son retour doit être un retour à soi, à Dieu, à l’humilité, pas une occasion de nourrir l’orgueil.
‘’Stop au boucan spirituel. Stop à la pression familiale inutile. Stop à l’égo qui se déguise en foi. Stop aux dépenses qui nourrissent l’orgueil et non la foi’’, a fait savoir l’Imam Cissé.
A en croire le guide religieux, si un pèlerin refuse le Hédji Lado, il faut respectez son choix par amour pour Allah. Il ajoute que le pèlerin a le droit de vouloir garder son intimité spirituelle.
IBK/Muslimivoire














