Muslim Ivoire

L'information à la loupe

Yopougon / EPP cité ADO: des élèves exclus pour port de voile

–          Le silence des organisations de droit de l’homme

–          Un cas non isolé

Trois filles et un garçonnet ont été exclus de l’EPP cité ADO de Yopougon par la directrice de cet établissement public pour port de voile. L’information a été donnée au cours d’un point de presse par l’Amir du mouvement Al Mouhhawidoum Alpha Diomandé.

Les faits

Deux semaines après l’ouverture de l’année scolaire 2024-2025, le parent a été informé par une enseignante que   les enfants ne pourront pas poursuivre les cours avec le voile. C’est ainsi que le parent décide alors de rencontrer la directrice afin de comprendre les fondements de son attitude.  Selon le père, la dame explique que l’école est un espace de laïcité et que les filles ne sauraient la fréquenter tout en portant le voile qui est un signe religieux.

C’est ainsi qu’avec  des arguments, le parent  indique à l’enseignante  que les enfants ont droit à l’éducation et qu’ils ont le droit aussi de manifester leur religion.  Au terme des échanges, ils n’arrivent  pas à s’entendre parce qu’elle exige que les filles enlèvent le voile.

Devant l’échec de la négociation, ce dernier a sollicité les services d’un commissaire de justice pour venir constater l’effectivité de l’exclusion. 

Les conséquences de cette action

Après le départ du commissaire de justice, l’enseignante se rend dans une autre classe dans laquelle est le fils du parent en question et lui ordonne de ne plus revenir en classe. Ainsi, le parent d’élève qui est imam se rend dans l’école pour comprendre les motivations de l’enseignante. Selon les explications, elle a soutenu qu’elle a renvoyé le garçonnet parce que son père a fait venir un homme de droit.  Elle a fait savoir que l’enfant va regagner la classe après le procès.

Le recours à la justice

La dame a reçu une sommation interpellative pour qu’elle intègre les enfants. Elle refuse d’obtempérer. C’est ainsi que le parent a saisi la justice et l’affaire se trouve devant le tribunal. En clair, les enfants n’ont pas regagné  les classes durant les deux trimestres. A en croire le parent d’élève, cette situation pour lui,  est une violation flagrante de la liberté de conscience et de religion et c’est pour cela qu’il a décidé de protester.  Raison pour laquelle, il a saisi le tribunal. Il a tenu à informer l’opinion nationale et internationale de cette pratique qui est très dangereuse pour la cohésion sociale. ‘’Nous constatons que cette attitude de la directrice est en contradiction avec l’article 19 de la Constitution de la République de Côte d’Ivoire qui dispose la liberté de penser et la liberté d’expression, notamment la liberté de conscience d’opinion, philosophique et des convictions religieuses ou de culte sont garantis à tous’’, a-t-il fait savoir. Et d’ajouter que chacun a le droit de s’exprimer et de diffuser librement ses idées, ses libertés. Il s’exerce sous la réserve du respect de la loi des droits d’autrui, de la sécurité nationale et de l’opinion publique.

Un cas non isolé

Dans cet établissement supérieur d’excellence INHPB, plusieurs décisions et sanctions ont été prises pour le respect de la laïcité. Selon d’anciens étudiants contactés par La Croix Africa, une étudiante qui portait le voile intégral et refusait de se conformer au règlement avait été exclue en janvier 2003. « On était en pleine guerre, se souvient l’un d’eux qui a requis l’anonymat. Donc l’administration a argumenté en utilisant les questions sécuritaires liées à l’incapacité d’identifier les étudiants. Le règlement stipule en effet que pour avoir accès aux salles de classe les étudiants doivent être identifiables. »

L’histoire de cette élève renvoyée est bien connue des anciens de l’Institut et sert parfois d’exemple pour prévenir les nouveaux sur les conséquences du non-respect du règlement. « Quand nous étions en classe préparatoires, en 2013, on nous parlait de filles qui avaient refusé d’enlever le voile intégral et qui avaient été exclues, raconte ainsi Fabrice, un ancien élève de l’établissement. Dans notre promotion, nos camarades voilées intégralement ou partiellement étaient menacées de renvoi mais jusqu’à la fin de notre formation en 2018, elles ont porté le voile sans être inquiétées ».

A cette occasion, le collectif des parents d’étudiants de Côte d’Ivoire (CPE-CI) dénonce l’interdiction du port du voile à l’Ecole supérieure d’Agronomie (ESA), un établissement de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët Boigny (INP-HB) de Yamoussoukro.

Au lycée Sainte Marie de Cocody, une jeune fille issue des établissements confessionnels islamiques a été obligée d’enlever le voile si elle veut continuer à fréquenter cet établissement. Aujourd’hui, elle vient au cours sans voile.

Le silence des ONG et des organisations islamiques intervenantes dans le secteur

La Stratégie nationale d’intégration des enfants des structures islamiques dans le système éducatif formel est une réponse de l’Etat de Côte d’Ivoire à la problématique des 1,6 millions d’enfants et d’adolescents hors du système scolaire. La réponse cible en 2025, 330 000 enfants issus d’environ 3000 structures islamiques d’éducation non reconnues par l’Etat. L’intégration de ces enfants dans le système formel contribuera fortement à l’atteinte de l’objectif de scolarisation universel de la Côte d’Ivoire. Le pays vise la scolarisation de tous les enfants de 6 à 16 ans, en cette année 2025. Cette intégration des enfants des structures islamiques dans le système éducatif formel les restaure dans leur droit fondamental à l’éducation et contribue également à l’impératif de cohésion sociale, de paix et stabilité dans une société très diverse.

Ne disposant pas d’établissements secondaires reconnus, quel est le sort de ces élèves voilées affectées dans les établissements dite laïques. Plusieurs responsables rencontrés n’ont pu donner de réponse. Certains parents, pour permettre à leur progéniture de mieux apprendre leur religion, ont décidé même étant affectés, de laisser leurs enfants poursuivre dans ces établissements confessionnels.

Pour conclure, il est important aux organisations OEECI, LECIM, Chérifla et les leaders de la communauté musulmane de s’appesantir sur cette situation pour l’éducation inclusive des élèves. Conformément à la Constitution et à la réglementation scolaire dont le but premier est de combattre la pauvreté en permettant l’accès à la vie sociale aux populations par l’éducation et la formation quelque soit leur identité culturelle ou leur confession religieuse, les autorités doivent trouver un dénouement prompt favorable et définitif à la situation qui prévaut.

De Siékèlou