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Côte d’Ivoire/ Face à la virulence des propos, à la radicalité de certains discours : le journaliste Daouda Coulibay parle à ses confrères

Depuis plus de cinq jours, je fais face à une vague continue de cyber harcèlement, déclenchée à la suite du récent sommet des chefs d’État du Sahel. Des propos injurieux et des descriptions dévalorisantes tenus publiquement par le chef de la junte burkinabè m’ont directement ciblé et exposé à des violences numériques d’une rare intensité : menaces, intimidations, campagnes de dénigrement.

‎Mais le plus grave est ailleurs. Ces attaques ont dépassé ma personne pour atteindre mon épouse et des membres de ma famille. À partir de cet instant, il ne s’agit plus d’un simple débat d’idées, ni même d’une controverse médiatique, mais d’une atteinte grave à la sécurité, à la dignité humaine et à la vie privée.

‎Face à la virulence des propos, à la radicalité de certains discours et aux comportements imprévisibles d’individus se réclamant de causes extrémistes, je crains aujourd’hui pour mon intégrité physique, voire pour ma vie et celle des miens. Cette crainte n’est ni feinte ni exagérée. Elle est le produit d’un contexte régional tendu, où la parole publique peut, en un instant, devenir un déclencheur de violences bien réelles.

‎Je l’avoue avec lucidité et sans détour.Je suis profondément déconcerté par le silence assourdissant de nombreux confrères journalistes. Non par attente de solidarité personnelle, mais par inquiétude pour ce que ce silence dit de notre profession.

Aujourd’hui, c’est moi. Demain, ce sera qui ?

Quel journaliste, quel chroniqueur, quel analyste paiera le prix de son opinion, de son travail ou de son regard critique ?

‎Le journalisme n’est pas un métier à géométrie variable. La liberté d’informer, la protection des journalistes et le refus du lynchage médiatique ne peuvent dépendre des affinités idéologiques, des calculs politiques ou des peurs du moment. Se taire aujourd’hui, c’est accepter un précédent dangereux. C’est normaliser l’intimidation. C’est laisser croire que la violence numérique est un outil légitime de dissuasion.

‎Je n’écris pas ce texte pour susciter la compassion, encore moins pour attiser une quelconque confrontation. Je l’écris comme un rappel. Un rappel de ce que nous sommes censés défendre : la parole libre, la contradiction respectueuse, la responsabilité des mots et la protection des personnes.

J’ose espérer qu’aucun d’entre nous n’aura un jour à vivre ce type d’acharnement dans l’indifférence générale.

‎Que Dieu nous donne la bonne compréhension.