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Amiante : La fibre qui tue.

Le XXème siècle a été témoin d’un nombre d’avancées majeures qui ont bouleversé notre façon de vivre. Dans la construction, ces avancées ont mis au jour des matériaux aux propriétés révolutionnaires à l’époque mais qui se sont avérées très toxiques et même dangereuses par la suite. Quand on s’en est aperçu, c’était trop tard, ces substances étaient déjà largement employées dans le bâtiment mettant en danger la vie de millions d’individus partout dans le monde, y compris en Côte d’Ivoire.

Matériaux dangereux, un problème de santé publique

La révolution industrielle occidentale a fait basculer une population mondiale tournée vers l’agriculture et l’artisanat, en une société urbaine. Dès lors, le secteur du bâtiment lui aussi a connu sa révolution. Plus question de construire son logement de façon artisanale avec l’aide de quelques amis ou voisins. Les techniques ont évolué en même temps que les normes de qualité et pour satisfaire à ces normes, certains matériaux semblaient à l’époque complètement magique. 100 ans plus tard, les méfaits de l’amiante, des polychlorobiphényles (PCB) et du plomb. Bien qu’interdits depuis la fin des années 1990, ces produits sont encore présents un peu partout.

Amiante, la fibre qui tue

A la fin du XIXème siècle, les chercheurs découvrent les propriétés inédites de l’amiante ; un minerai naturel. C’est en particulier la résistance au feu de cette manière qui est mise en avant. Dès le début des années 1900 et jusqu’à la deuxième guerre mondiale le secteur militaire l’utilise abondamment. A partir des années 50, c’est toute l’industrie qui s’empare de l’amiante (électroménager, automobile, textile…). Le bâtiment devient rapidement le premier consommateur. Il est massivement employé du sol au plafond, dans les peintures, les colles, les mastics, mélangé au ciment, en garnitures électriques, en plaques d’isolation ou floquée… La liste est bien longue. Jusqu’à son apogée dans les années 70, l’utilisation de l’amiante ne cesse de progresser. Les lobbys étouffant les quelques voix des scientifiques qui, dès les années 60, tentent d’alerter l’opinion publique, l’amiante ne sera interdite qu’au cours des années 90. Malheureusement, le mal est fait: 98% des locaux construits dans le monde entre 1960 et 1997 recèlent de l’amiante. En Côte d’Ivoire, près de 80% des immeubles construits dans cette période sont, à des degrés divers, contaminés. Par conséquent, de nombreux ivoiriens ignorent encore qu’ils vivent ou travaillent dans un environnement potentiellement empoisonné. Ceci ne veut pas dire nécessairement que leur vie soit menacée. Dans la plupart des cas, il n’y a pas de risque majeur en l’état, ce n’est qu’en cas de manipulation que le danger devient réel. Ce sont avant tout les professionnels du bâtiment qui sont amenés à avoir un contact prolongé avec cette matière qui s’exposent aux plus grands risques. En effet, lorsque les fibres d’amiante en suspension dans l’air sont inhalées elles se déposent dans les poumons provoquant au mieux des inflammations, mais aussi le plus souvent de terribles cancers comme le cancer de poumon. Pour couronner le tout, les effets dus à l’inhalation de ces fibres mortelles ne se font sentir généralement que plusieurs années plus tard, parfois plus de 20 ans, ce qui implique considérablement l’identification des causes à effets. Néanmoins, aujourd’hui il n’y a pas de doute : l’amiante continue de tuer !

Qui est concerné ?

Les professionnels du bâtiment et de maintenance industrielle peuvent sans le savoir être exposés de façon quotidienne à l’amiante. Il est impossible de déterminer à l’œil nu si un matériau contient de l’amiante, mais sachez que ce matériau a été très utilisé et vous devez donc vous méfier des canalisations, dalles de sol, enduits, faux-plafonds, flocages, joints. Plus particulièrement si vous intervenez dans une construction avant 1997, vous devez être vigilant lorsque vous manipulez ces éléments. Pour les particuliers, il n’y aurait aucun danger à dormir ou travailler dans une pièce dans les plafonds seraient entièrement isolés en plaque d’amiante… Tant que ces plaques conservent leur intégrité et qu’elles ne s’effritent pas.

Comment se protéger ?

Il faut savoir que c’est au propriétaire du bâtiment qu’incombe la responsabilité de  procéder au retrait des matériaux amiantés lorsqu’ils présentent un danger. Il doit

pour cela s’adresser à une société qualifiée et possédant un certificat de certification. Si vous devez malgré tout faire une petite intervention sur une surface potentiellement polluée (percer une place d’isolation, changer une gaine électronique, déposer un faux plafond…) envisagez systématiquement un mode opératoire qui évitera la dispersion des poussières. Humidifiez les surfaces concernés, utilisez un aspirateur à la source du percement, isolez la pièce et porter un masque à filtre, une combinaison intégrale avec capuche, des gants et bottes. Quand vous avez terminé, emballez tous les déchets dans des sacs plastiques hermétiquement fermés.

Le nettoyage n’est pas terminé

La Côte d’Ivoire ne dispose pas de statistiques propres aux maladies provoquées par l’amiante. Au niveau mondial, un rapport de l’OIT (Organisation Internationale du Travail), stipule que de nos jours 10 000 personnes meurent chaque année, dans le monde, du fait de l’amiante. Pire, d’après ce même rapport, il y aura un pic de mortalité due à l’amiante entre 2020 et 2040 du fait du délai particulièrement long de l’incubation des maladies qu’elle provoque ! La prise de conscience de ce problème au niveau politique est toute récente et les autorités commencent à sensibiliser les professionnels à ce problème. Certaines structures comme la BAD par exemple ont veillé au désamiantage total de leur immeuble. Malheureusement ces exemples sont encore trop rares et il faudra encore quelques dizaines d’années pour espérer être définitivement débarrassées de ce fléau. Un effort supplémentaire doit impérativement être fait au plus vite et les propriétaires, surtout dans les immeubles anciens, doivent procéder à une expertise de leurs locaux afin d’identifier l’éventuelle présence de ce poison.