Pendant plus de trois décennies, elle a été le visage, la voix et l’assurance tranquille des foyers ivoiriens chaque soir à 20 heures. De ses débuts de speakerine à son ascension au sommet de la hiérarchie de la RTI, Habiba Dembélé Sahouet a tracé un sillon indélébile dans le paysage médiatique. Portrait d’une icône qui a su conjuguer rigueur journalistique et promotion de l’identité culturelle.
Tout commence à la fin des années 80. À l’époque, la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI) cherche de nouveaux visages. Sur la ligne de départ : 157 candidates. À l’arrivée : seulement sept élues, dont la jeune Habiba. D’abord téléspeakerine, elle gravit les échelons par la force du travail et de la formation, passant par l’Université de l’Atlantique puis l’École Supérieure de Journalisme de Paris.
Le tournant majeur s’opère en 1997. Parrainée par le légendaire Lévy Niamkey, elle affronte son premier journal télévisé de 23h. Thérèse Yobouet, une autre figure de proue, annonce ce soir-là son « baptême du feu ». Ce qui aurait pu être une épreuve paralysante devient une consécration. Le public découvre alors un charisme naturel et une diction impeccable qui ne la quitteront plus.
Si Habiba Dembélé a conquis le cœur des Ivoiriens, c’est aussi par son esthétique. À une époque où le costume occidental était la norme sur les plateaux, elle a imposé le pagne et les tenues traditionnelles avec une élégance rare. Chaque soir, le JT devenait un défilé de la culture ivoirienne.

« Les téléspectateurs m’aimaient bien parce qu’ils estimaient que je mettais en valeur la culture ivoirienne », confiait-elle récemment. En valorisant le textile local, elle n’était plus seulement une présentatrice, mais une ambassadrice de l’identité nationale, inspirant des générations de femmes à travers le pays.
Au-delà de l’image, Habiba Dembélé Sahouet a été une cheffe d’orchestre dans l’ombre. Son parcours administratif à la « Maison Bleue » de Cocody est vertigineux :
– Directrice des Reportages Institutionnels : Gérant l’image des plus hautes autorités de l’État.
– Présidente de l’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI) : Où elle a assuré un intérim remarqué en 2014, stabilisant l’organisation dans une période charnière.
– Directrice des Journaux d’Information : Un poste stratégique où elle a supervisé la ligne éditoriale du média d’État. Son expertise et sa neutralité apparente dans un contexte politique souvent complexe lui ont valu le respect de ses pairs et des autorités.

Le 2 mai 2025 restera une date chargée d’émotion. Après 37 années de bons et loyaux services, la « maman de la RTI » a rangé ses fiches de plateau. Mais pour une femme de son calibre, la retraite n’est qu’un changement de fréquence. Elle a été nommée membre de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), où elle met désormais sa sagesse et sa connaissance du terrain au service de la régulation des médias.
L’épouse de M. Biziet Sahouet et mère de deux enfants, Habiba Dembélé laisse derrière elle un héritage précieux : celui de l’excellence sans arrogance. Pour les jeunes journalistes ivoiriens, elle demeure l’exemple type que la longévité dans ce métier ne s’acquiert que par le respect du public et la passion du travail bien fait.
Le rideau est tombé sur ses JT, mais l’empreinte de ses pas résonne encore dans les couloirs de la RTI.
HUBERSON KAHET








