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Afrique/ Consommation de viande de chien : le Nigéria classé premier

Entre traditions ancestrales, croyances mystiques et levée de boucliers des défenseurs des animaux, le commerce de viande de chien au Nigeria demeure une activité florissante. Selon le Dog Friendly Country Index,  le Nigeria est le premier consommateur de viande canine en Afrique  troisième rang mondial des consommateurs de viande canine, après la Corée du Sud et le Vietnam.

La viande de chien, localement connue sous le nom de « 404 », est consommée pour diverses raisons au Nigéria. Parmi celles-ci figurent les préférences culinaires, les croyances traditionnelles et les facteurs socio-économiques.

Si la consommation de viande canine est si ancrée, c’est qu’elle dépasse le simple cadre alimentaire. Pour beaucoup, elle revêt une dimension protectrice et spirituelle. Un jeune homme de la région explique avec conviction : « Si vous mangez de la viande de chien et que quelqu’un vous empoisonne, il ne pourra pas vous atteindre. Si vous voulez séduire une femme, vous pouvez utiliser le cœur ou le foie d’un chien, le mélanger à certains ingrédients et ensuite vous pourrez conquérir cette personne. »

« Si vous mangez la viande des chiens, si on vous met du poison dans la nourriture, ça ne vous fera pas du mal » ou encore « si vous mélangez le foie du chiens avec certains ingrédients aucune femme ne peut résister à votre drague », ont confié à BCC, certains habitants rencontrés dans le plus grand marché du chien au Nigeria

La viande de chien est considérée comme un plat traditionnel, apprécié pour son goût et sa valeur nutritive.

Dans certaines communautés, manger cette viande est associé à la force, au courage ou à la protection contre les maladies. Ces convictions renforcent la demande et entretiennent le commerce.

« Si tu manges de la viande de chien et que quelqu’un essaie de t’empoisonner, son poison n’aura aucun effet sur toi », soutiennent-ils.

D’autres y voient une croyance locale. « Pour séduire une femme, certains croient qu’on peut utiliser le cœur ou le foie d’un chien, les mélanger avec des ingrédients précis, puis réussir à attirer cette personne »

Enfin, l’aspect économique joue aussi un rôle majeur. La demande croissante a fait naître un marché florissant. Le pays dispose des marchés spécialisés et chaque jour acheteurs et vendeurs y trouvent une source de revenus importante.

Risques pour la santé et exposition à la rage Le principal problème de santé publique associé à la consommation de viande de chien est la rage, une maladie virale mortelle principalement transmise par les morsures de chien ou le contact avec des tissus nerveux  infectés. Le Nigeria figure parmi les pays d’Afrique où le nombre de décès dus à la rage est le plus élevé, avec environ 1 600 décès par an. La maladie est particulièrement répandue dans les régions où les chiens errants sont consommés et où la surveillance vétérinaire est insuffisante.

À Calabar, une étude menée en 2013 a documenté dix cas mortels de rage sur une période de cinq mois, tous liés au commerce de chiens errants destinés à la consommation. Aucun des patients n’a reçu de Prophylaxie Post-Exposition  (PPE), et dans la plupart des cas, les soins médicaux étaient soit absents, soit retardés. La même étude a révélé que les chiens étaient souvent transportés des États du nord, où la rage est endémique, vers le sud, augmentant ainsi le risque de transmission régionale. De nombreuses enquêtes ont confirmé la présence du virus de la rage chez les chiens destinés à la consommation humaine. Dans une étude, 28 % des chiens abattus, apparemment en bonne santé, dans les États de Sokoto et de Katsina, ont été testés positifs à l’antigène de la rage. Une étude similaire menée dans l’État de Borno a révélé un taux de positivité de 31 % parmi les chiens abattus.

Malgré la connaissance des risques, la couverture vaccinale parmi les personnes impliquées dans ce commerce est très faible. Une enquête de 2013 a révélé qu’aucun des 12 bouchers de chiens identifiés dans l’Etat du Niger n’était vacciné contre la rage, et que seuls deux consommateurs avaient reçu une PPE après une exposition présumée. En 2015, cinq personnes sont décédées après avoir consommé de la viande de chien dans l’’Etat de Rivers.

Les vétérinaires locaux ont exprimé leur inquiétude quant au fait que de nombreux consommateurs et commerçants ignorent les risques associés à l’exposition aux tissus animaux infectés lors de l’abattage et de la préparation. Certains ont appelé à des campagnes de sensibilisation accrues, à la vaccination obligatoire des chiens et à la réglementation des pratiques d’inspection de la viande.

IBK/Muslimivoire